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samedi 30 décembre 2017

[L'étagère historique] L'Empire des chimères - Philippe-Aurèle Leroux

292 pages (Editions Le Grimoire – collection Mille saisons) – 4/5


Briana, fille du nouveau proconsul de Rhétie, province isolée des Alpes, se passionne pour l'astronomie. A force d'observer le ciel nocturne, elle s'aperçoit que toutes les étoiles filantes de la région semblent converger vers un lieu unique. Elle n'aura de cesse que d'organiser une expédition pour découvrir ce qui s'y passe.

Elle sera accompagnée par Decimus, vétéran de la légion au charme troublant, qui recevra pour consigne de faire en sorte qu'elle n'arrive jamais à destination.

Leur route croisera celle de Gurnt, jeune guerrier celte en quête des ses origines. A cause de son étrange apparence féline, il est rejeté par les siens.

"Rome trip" initiatique et crépusculaire, l'Empire des Chimères vous mènera des froids sommets des Alpes au cœur bouillonnant du Colisée dans un roman qui mêle action et découverte des sentiments.


« Laisse d’autres poursuivre ces chimères et profite de l’instant : carpe diem ! »


En bref... une lecture que j’ai adorée, dans un univers à la fois singulier et bien fondé, même si l’intrigue m’a parfois déboussolée.

lundi 25 septembre 2017

[L'étagère historique] Les orphelins du bout du monde - Harmony Verna

566 pages (Editions Belfond - collection Le cercle) - 4.5/5

Au début du XXe siècle, une somptueuse histoire d'amour à l'atmosphère ensorcelante, avec pour toile de fond les vastes plaines de l'Ouest australien, terres ancestrales du peuple aborigène.

Leonora est une miraculée. Abandonnée par son père dans la fournaise du désert, puis recueillie dans un orphelinat, la petite s'est murée dans le silence. Son seul ami : James, un Irlandais rebelle, qui la protège comme une soeur. Mais le lien si fort qui unit les deux orphelins est brutalement rompu lorsque Leonora est adoptée par les Fairfield, de riches industriels qui l'emmènent aux États-Unis.

Des années plus tard, c'est une belle héritière qui revient sur les terres australes, au bras de son mari, le ténébreux et irascible Alex Harrington, venu diriger la mine des Fairfield. C'est là que Leonora va retrouver James. Malgré le temps, leur complicité est intacte ; or Alex ignore tout du passé de la jeune femme...

Comment lutter contre cette force irrésistible qui la pousse vers James ? Comment échapper à la soif de contrôle maladive de son époux ? Pris au piège de la jalousie, des mensonges et des drames de l'Histoire, les orphelins du bout du monde seront-ils un jour réunis ?


« Les seules conséquences de la violence sont la peur et la destruction des âmes. »


En bref... Cette lecture a été en même temps dure et paisible, et j’ai adoré ce contraste ; les personnages ne sont que paix et amour dans un monde qui semble s’acharner sur eux. C’est sans compter la Providence qui semble guider tous leurs destins, et qui termine leurs aventures sur un sentiment de bien-être infini pour le lecteur. Ajoutons à cela un style très fluide mais chargé d’émotions... une lecture dont on ne ressort pas indemne !


Le titre est très évocateur et a attisé ma curiosité. Je remercie donc NetGalley et les éditions Belfond pour m’avoir offert cette merveilleuse opportunité de découvrir Les orphelins du bout du monde, qui a été un coup de cœur. Cependant, je ne me suis pas rendue compte de cela immédiatement, mais il m’a fallu attendre de comprendre toutes les traces que cette lecture avait laissées en moi. En effet, ma lecture m’avait évidemment plu, pour plein de raisons différentes (intrigue, personnage, écriture) mais, en même temps, ce n’est pas un livre que, une fois refermé, j’avais envie de relire sur le champ. J’ai préféré prendre un peu de recul avant d’écrire mon avis, et j’ai bien fait.

 J’ai beaucoup aimé ma lecture, mais la particularité de la narration est sa douceur ; quel que soit le point de vue abordé, les personnages sont dans une forme de pacification qui mène l’intrigue avec délicatesse. Les scènes d’action sont certes rares, il n’empêche que l’on ne s’ennuie jamais. En fait, le roman est surtout un condensé d’émotion à l’état pur. Ma lecture n’a cessé de me toucher directement au cœur, m’envoyant comme des impulsions électriques jusqu’à l’implosion. Vous l’aurez compris, ce livre m’a bouleversée !

L’intrigue y est fortement pour quelque chose. Elle est pleine de surprises, mais ce n’est même pas ce que j’en est retenu ; cela ne me semble pas être le but principal de l’auteur. Dès le début (et rien que le titre) permet de comprendre que les thèmes traités ne seront pas gais : abandon, manque, perte... Pourtant, et c’est ce que je trouve magistral dans cet ouvrage, l’ambiance n’est pas sombre. Si des événements malheureux ne cessent de s’enchaîner, ils sont toujours tournés de façon à entrevoir une lueur d’espoir que le lecteur comme les personnages poursuivent. 

Au final, cette lecture fait du bien, car, malgré toute la tristesse qui émanent d’eux, les personnages sont apaisants. Tout d’abord, ils sont tous innocents, et semblent soumis à un destin qui les dépasse ; ils semblent même animés par une force suprême qui par moments les éloigne, par d’autre les rapprochent. Dans ce mouvement perpétuel, eux restent purs alors qu’ils ne sont entourés que par des brutes. Et ce contraste est réellement ce qui fait la force du livre ; le cheminement individuel est personnages est intéressant, c’est leur réunion qui m’a le plus touchée.

Concernant les personnages, Leonora (que j’aime ce prénom !) et James sont clairement faits l’un pour l’autre dès le début, comme des âmes sœurs : ils se ressemblent, tout simplement. J’ai d’ailleurs du mal à les caractériser séparément... Leonora m’a beaucoup émue ; elle n’est pas insensible à la douleur, la peine n’a pas été absente de sa vie, mais elle reste bonne et altruiste. La seule chose qui m’a surprise est le changement de personnalité que l’on découvre une fois qu’elle a grandi. Et là s’est trouvé tout le talent de l’auteur en découvrant que le changement extérieur ne traduisait pas son être profond. James, quant à lui, est plus tumultueux, révolté contre le monde dans lequel il vit ; au final, on comprend qu’il est guidé par ses émotions, tout comme Leonora. Pour le reste, il garde en lui cette part d’insouciance, d’innocence, et il affronte volontiers la brutalité pour aider autrui. En somme, si James et Leonora sont complémentaires de par leurs personnalités respectives, ils ont surtout la même façon de penser et de voir le monde, et c’est ce qui permet de rendre l’histoire belle et touchante. En revanche, je déplore que les autres personnages soient trop effacés en comparaison de ces personnages fragiles mais forts de l’attachement qu’ils créent...

Enfin, le dernier élément qui vient fignoler la beauté du livre est la plume de l’auteur. Elle est délicate, parfaitement en adéquation avec le style du livre ; tout en restant fluide, on sent que l’écriture est très travaillée : chaque mot semble calculé, réfléchi – or, la dernière fois que j’ai ressenti la même chose, il s’agissait de l’écriture de C.S. Pacat dans sa trilogie Prince captif qui, comme vous le savez, a été un coup de cœur intersidéral... Vous comprenez donc à quel point j’ai aimé ce livre, même si je ne parviens pas à déterminer s’il s’agit d’un coup de cœur ou non pour moi... Précisons juste que toute la douceur que dégage ce livre peut faire sembler certains passages longs, alors que je les ai plutôt vécus avec la légèreté d’une plume portée par l’intrigue.

lundi 18 septembre 2017

[L'étagère historique] Le souffle des feuilles et des promesses - Sarah McCoy

334 pages (Editions Michel Lafon) – 3.5/5


Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Sous des abords arrogants et rustres, il est en fait d’une compagnie agréable.

Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de xixe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.

Commence alors un chassé-croisé, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre et la France. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens ne font que croître. Le destin les réunira-t-il enfin ?


« C’est l’amour qui doit te guider, pas la peur, mon fils. C’est notre seule certitude. »


En bref... cette lecture m’a beaucoup plu, malgré quelques points négatifs. Les deux personnages principaux, et même les secondaires, sont attachants ; on ne s’ennuie jamais avec eux. L’ensemble du livre est amusant, autant par les événements qui surviennent que par les répliques des personnages. Malheureusement, j’aurais aimé que la romance soit menée différemment.


Cette lecture a été vraiment étonnante. Alors qu’un autre des livres de l’auteur traîne encore dans ma PAL, je remercie NetGalley et les éditions Michel Lafon de m’avoir permis de découvrir ce livre original. C’est tout d’abord la couverture qui a attiré mon attention. Elle reflète une époque que j’affectionne ; elle est visuellement harmonieuse et peut évoquer le titre (à travers le terme de « promesses »). Egalement, le titre m’a complètement emballée ! Il est très poétique et donne l’image d’un joli voyage ; il est aussi dans la lignée des ouvrages précédents de Sarah McCoy qu’il me tarde de découvrir.

Le livre est d’une grande originalité : l’histoire est narrée selon deux points de vue –ceux des personnages principaux, évidemment– successifs racontant soit des scènes identiques s’ils les ont vécues ensemble, ou complètement différentes lorsqu’ils sont séparés. Normal, me direz-vous, si ce n’est que les scènes de séparation peuvent se prolonger sur plusieurs mois, voire un année complète. Malgré cette durée, on ne s’ennuie à aucun moment tellement leurs aventures sont drôles et bien narrées, même si je dois avouer que mes moments préférés étaient ceux dans lesquels ils sont réunis.

Au-delà de l’intrigue, l’originalité se trouve dans la structure même du récit. En effet, quelle n’a pas été ma surprise de découvrir une partie du livre dans un style épistolaire. Or, le roman épistolaire est une de mes formes favorites, que je trouve malheureusement trop rare en littérature.

Tous ces éléments m’ont totalement convaincue ! En comparaison, d’autres parts du livre m’ont paru plus plates, banales. D’abord, la romance ; étant friande des romances historiques, ce genre d’histoires ne pouvait que me plaire. Cependant, elle est bien trop prévisible, et ce dès le début, d’autant plus que les personnages ne semblent pas vouloir sortir de leur aveuglement (par rapport à leurs sentiments respectifs), qui perdure jusqu’à une fin que l’on ne voit pas arriver. Non pas qu’elle soit réellement surprenante ; elle est plutôt mal préparée et donc précipitée, ce qui ne laisse pas le meilleur aperçu du livre pour conclure.

Ce que l’on retient néanmoins de ce livre reste les personnalités des personnages. Les deux protagonistes sont attachants et pleins d’humour. J’ai adoré la façon dont tous deux ont une pensée très moderne, à la fois féministe et libérée. Même lorsqu’ils restent séparés pendant une longue période, leurs retrouvailles ne marquent pas de différences par rapport au moment du départ ; c’est comme s’ils ne s’étaient jamais quittés ! Parlons d’Hallie Erminie : j’ai beaucoup aimé son personnage et sa détermination à être reconnue comme un réel écrivain. Elle a un caractère bien affirmé, et elle est drôle. En revanche, Post est plus sec et pragmatique. Il n’a pas une grande considération pour les femmes mais, malgré cela, j’ai apprécié qu’il reconnaisse le talent d’Hallie Erminie. Il est ambitieux et ses aventures au Canada ont été complètement dépaysantes (on avait l’impression d’y être grâce à de superbes descriptions) et j’ai adoré son sarcasme.

Le style est fluide, mais pas exceptionnel. Il contribue à la modernité de l’intrigue. J’ai apprécié que le style d’écriture et les émotions transmises au lecteur soient réellement différentes selon le narrateur (parfois, des émotions étaient communiquées même dans le style plus froid et détaché de Post). Cela me donne envie de découvrir d’autres livres de cet auteur !

En somme, j’ai passé un excellent moment en lisant cette romance assez surprenante, prévisible mais agréable, même si la fin ne m’a pas plu. Je remercie encore NetGalley et les éditions Michel Lafon de m’avoir permis de lire ce livre et de rencontrer Hallie Erminie et Post.




jeudi 1 juin 2017

[L'étagère historique] La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier

249 pages (Editions HarperCollins) - 4/5




La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Elle s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives. Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille attirent l’attention du maître qui l'introduit dans son univers, mais également d’autres hommes.




« Les femmes qu’il peint, deviennent prisonnières de ce monde. Vous pourriez vous y perdre. »

En bref... cette lecture très rafraîchissante m’a réellement embarquée dans l’univers intimiste d’une famille hollandaise du XVIIème siècle – ce qui est le but d’un tel livre. La plume de Tracy Chevalier aide à cela et donne envie de lire d’autres de ses ouvrages.


Ce livre m’a attirée dès que je l’ai vu en raison de son sujet : un roman historique, genre que j’affectionne particulièrement, ayant pour titre un célèbre tableau. J’ai donc été intriguée par la mise en contexte que l’auteur pouvait décrire autour de l’œuvre d’art. Je n’ai en aucun cas été déçue !

Le contexte est rapidement posé. Pas le temps d’attendre, pas besoin non plus, car on comprend que la vie de Griet est assez monotone et réglée. Comme il s’agit d’un roman historique, il y a des descriptions, très bien écrites. Cependant, on s’aperçoit rapidement que le roman a été écrit récemment : si vous n’êtes pas adepte des descriptions longues, ce livre n’en a pas. Les descriptions sont minimales, mais suffisantes. L’écriture se concentre davantage sur les pensées du personnage principal, Griet, dont on suit le point de vue. Cela fait de La jeune fille à la perle un roman d’apprentissage, dont on suit toutes les étapes classiques. Rien de mauvais ici, ni d’extraordinaire à vrai dire.

La vie domestique est largement, peut-être un peu trop longuement au début, évoquée. Un événement qui prendra de l’importance par la suite en tant que référence (la fille à la robe rouge) n’est que furtivement abordé. Il y a là des déséquilibres que l’on peut reprocher à l’auteur au début. Puis, quand arrive (enfin) l’intrigue annoncée par le résumé, impossible de poser le livre ! L’histoire se développe peu à peu ; s’il n’y a rien d’haletant (à cause du genre), la fin n’en reste pas moins une surprise.

Ce qui est le plus intéressant est la puissance du contraste dans le roman. En effet, on est confronté à une profusion de sentiments et de pensées : ceux de Griet évidemment, dont j’ai déjà parlés, mais aussi de la femme du peintre, Catharina, et de l’autre servante, Tanneke ; toutes deux expriment des émotions négatives, comme la jalousie, alors que Griet respire l’innocence et la pureté. Les autres personnages (Pieter, Van Ruijven) ont des objectifs explicites, du moins pour la plupart d’entre eux. Ainsi, ce n’est pas le cas de trois personnages qui apparaissent beaucoup plus mystérieux en raison, comme vous l’aurez compris, de l’opposition entre surcharge et dénuement émotionnels. Ces personnages sont le peintre Vermeer, sa belle-mère Maria Thins et l’une de ses filles, Cornelia. En ce qui concerne cette dernière, sa curiosité et son attitude hostile à Griet font d’elle un personnage dangereux mais intrigant, comme si le lecteur attendait –et redoutait !– chacune de ses apparitions. On retrouve cela chez sa grand-mère Maria Thins qui montre, quant à elle, une évolution au fil des pages. Néanmoins, dans une vision assez manichéenne, il reste difficile de savoir si elle est prête à aider Griet ou non – Griet paraît tellement pure et innocente qu’on la prend nécessairement en pitié... Cependant, dans ce livre, le personnage qui m’a le plus intriguée est le peintre Vermeer, et ce sûrement à dessein. Tout d’abord, il s’agit du personnage le plus mystérieux, et pourtant le plus complexe et le plus élaboré ! Il faut noter que, à aucun moment, l’identité de Vermeer n’est révélée par Griet ; ce sont uniquement d’autres personnages qui le mentionnent. Ainsi, la vision que l’on a du personnage nous est largement suggérée par Griet et son admiration pour lui. C’est alors à ce moment qu’est introduite une réflexion intéressante sur l’art : est-ce l’homme ou le peintre qui attire Griet ? En retour, Vermeer est-il intrigué par la jeune fille parce qu’il s’intéresse réellement à elle ou pour ce qu’elle lui inspire ? Si cette dernière question fait explicitement partie des interrogations de Griet, la réponse n’est pas claire, à peine suggérée. D’ailleurs, la fin du roman renforce ce sentiment de doute, la dernière action du peintre pouvant être interprétée de différentes façons selon la réponse que l’on donne à la question...

Le livre est fractionné selon les années de l’intrigue, et non en chapitres. Seuls des espacements séparent différentes parties, ce qui est parfois un peu gênant pour la lecture, et surtout pour arrêter sa lecture. Bien que j’aie lu ce livre en version originale (et donc en anglais), la lecture a été fluide ; le style de l’auteur est assez épuré. J’ai beaucoup apprécié les références faites par l’auteur à d’autres tableaux du peintre et leur utilisation de cette manière montre une véritable étude des peintures de la part de Tracy Chevalier... Cette recherche donne envie de lire d’autres de ses livres, sur d’autres sujets !